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A. Tosel
« Pourquoi l’exploitation n’en finit-elle pas ? »

Colloque annuel du séminaire de philosophie politique « Penser la transformation ».


Jeudi 21 avril 2016. 15h00.

Université de Paul-Valéry Montpellier, site Saint Charles.

 

 

La persistance et l'aggravation de l'exploitation du travail sous toutes ses formes -soumission formelle et soumission réelle du travail pour employer les catégories bien connues de Marx - sont un objectif systémique du capitalisme financiarisé. Aucun compromis n'est envisageable pour ce capitalisme. L'intellectuel collectif que le mouvement ouvrier a essayé d'opposer timidement à l'exploitation - économie programmatique, économies d'échelle, réduction du temps de travail, aménagement du temps libre ou libéré - n' a pas pu modifier cette contrainte. S'est opérée au contraire une modification majeure dans la figure des intellectuels organiques du capitalisme financiarisé.

On a affaire à de nouvelles figures de l'intellectuel organique du capitalisme dominé par les marchés financiers et elles sont les acteurs du maintien et du renouvellement de l'exploitation. Ce sont : 1) la figure du captateur direct de profit qui soumet la gestion à la transaction financière légitimée par un pseudo savoir de la conjoncture ; 2) la figure du DRH dont la fonction est de produire en tout travailleur un moi entrepreneurial. Il en découle un nouveau conformisme social fondé sur la direction des hommes ; chacun doit se réaliser en s'autoproduisant, en se subordonnant à sa capacité de performance ; 3) la figure du créatif qui n'est pas l'inventeur mais le petit malin qui trouve la petite différence esthétique permettant de vendre sur la base du consensus induit du consommateur.

Ces trois figures font système dans le coaching, ce monstre doux (pas tant que cela) qui conduit l'individu à prendre en charge la gestion des tensions sociales et donc la reproduction des conditions de sa propre exploitation. On est sous l'hégémonie de la psychologie de la gestion microéconomique qui est un chapitre de la théologie économique. La lutte contre l'exploitation doit se déplacer sur ce terrain et réinventer la dimension de l'équipe. Il faut laïciser le nouveau complexe économico-politico-théologique qui fait de la parole de l'entreprise le verbe créateur selon lequel l'homme est fait selon son image mercantile.